Quelque chose ( Slam)

Il faut maintenant que j'ose 
Vous parler de quelque chose.


Ce quelque chose,
Un jour m'a tendu,
Deux cordes vocales,
Deux petits liens tenus,
Pour hurler ma venue,
Sur cette terre fatale,

Ce quelque chose a su,
Me faire cinq doigts,
Pour retenir une main,
Repousser le mal,
Au plus loin,
Caresser le sein,
Gorgé de nectar,
Qu'Elle m'a laissé boire,
Sous son regard aimant,
Malgré les tourments, 
Malgré les menaces,
Les redoutables haches,
Du bulldozer sanglant,
Qui fonçait droit sur moi,
Mais hélas, mille fois hélas!
Que je ne voyais pas.

Quelque chose trop loin,
Dont j'étais impuissant,
À dévier la machine,
Qui vous prend corps et biens,
Quelque chose bête et méchant, 
Mécanique assassine,
Qui jamais ne vous lâche,
Têtu comme un aimant,
Sur le fer d'une chaîne, 
Sangsue qui s'obstine,
Inusable à la tâche,
Qui se nourrit du temps,
Qui coule dans vos veines.


Quelque chose pourtant,
S'était approché de moi,
Lorsque j'étais enfant,
M'avait souri de grâce,
M'avait ouvert les bras,
Pour que je l'embrasse,
Mais toujours s'est enfui,
Dans le vide et la nuit,
À peine tendus vers lui,
Mes rêves pleins d'audace,
Pour tous les miens,
Et tout ceux de ma race,
Dans un pacte divin,
Un souhait enfantin.


J'étais fier, j'étais serein,
Ce quelque chose avait placé,
Juste sous mes pieds,
Une si belle terre à fouler,
Pour apprendre à marcher,
Partager miel et vin,
Avec mes semblables,
Qui se donnaient la main,
Des êtres périssables,
Voulant encore s’aimer,
Sans savoir, sans penser, 
Qu'ils seraient un jour piégés,
Piétinés, avalés.

Par ce quelque chose,
Affamé de rêves d'enfants,
Qui à leurs joies oppose,
L'ogre assoiffé de sang,
Monstre qui métamorphose,
Les jeunes corps pulsants,
En bloc de chair morte,
Prête à se putréfier,
Qu'un corbillard emporte,
Et plonge sous nos pieds,
Sous la terre qui nous porte,
Grouillante de projets 
De rêves ensevelis,
Comme de petits vers,
Entortillés d'envies,
Cherchant dans tous les sens,
Le beau, le grandiose,
Le pourquoi de la vie, 
Du mal, de la souffrance?
Pourquoi les jours?
Pourquoi les nuits?


Je parle de ce quelque chose,
Caché dans son univers,
Sous ses fausses lumières,
L'obscur en overdose,
Milliards de milliards,
D'envies scintillantes,
Priant dans le noir,
Pour un mieux, pour un dieu,
Dont l'absence s'expose,
Comme unique éternel,
Et la mort qu'il impose,
À toutes celles et ceux,
Dont le sein maternel,
Est le seul abreuvoir,  
Galaxies impuissantes,
Voleuses de feu,
Piégés dans la tourmente,
D'un jeu de miroirs,
Aux plans infanticides,
Qui tourne en moins de deux,
En un jeu de mouroirs,
Pour des corps vigoureux,
Que la nature trucide,
Où elle veut, quand elle veut,
Matin midi et soir,
Sans logique valide,
Ce quelque chose est-il sérieux?



Oui je parle de ce quelque chose,
Qui a fait des poètes,
En vers ou en prose,
Par wagons, 
par millions,
Comme ce brave Hamlet,
Brandissant l'avenir,
Pour tous les orgueilleux,
Dont je suis, avouons le,
L'admirateur sans bornes,
Encore sous cette hypnose,
De ce maudit quelque chose,
Qui nous pointe ses cornes,
Envoie ses doigts d'honneur,
À nos prières, nos pleurs,
Nos mots pleins de ferveurs,

Oui je parle de ce quelque chose,
Qui n'a su que circonvenir,
À défaut de venir,
Qui n'a produit que cendres,
À défaut de descendre,
Lui-même en personne,
De peur de se noyer,
Sur une terre de larmes,
Et son glas qui résonne
Sans discontinuer,   
Sous la loi des hommes,
Sous la loi des armes,
Du cynisme et de l'égo,
Installé partout en norme,
À la gloire des puissants et des salauds.

Oui, ce quelque chose,
Nous laisse seul,
Et se fout de nos drames,
De nos vies de fantômes,
Sous nos linceuls,
Qu'on soit roi ou personne,
Oui, ce quelque chose,
Veut notre peau, 
Nous ronge jusqu'aux os,
Enfants, morts nés, 
Adolescents happés,
À la fleur de l’âge,
Petits innocents,
Drogués, décapités, 
Empalés en souriant,
Dans le grand recyclage,
De sperme et de sang,
Ce quelque chose prend,
Chaque petit bonheur,
Chaque frêle santé,
Chaque parent broyé, 
Par le cancer,
De la chair de leur chair,
Chaque joie en fleur, 
Chaque guérison retrouvée,
Les fauche à son gré,
Et recommence sa foire,
De fièvres, de maladies,
Et autres atrocités,
Ce quelque chose écrase et sépare,
De sa roue enflammée,
Rouillée de cris,
De sanglots en tintamarre,
Et là, dans un grand jet infâme,
Au fond de son orgie,
Dans un four crématoire,
D’un hôpital épuisé,
À bout de thérapie,
Ce quelque chose défèque ses flammes,
Et s'enfuit.



Mais jamais tout ça ne lui suffit,
Alors ce quelque chose avance,
Et perpétue son carnage,
Partout où va la vie,
La douceur et l'innocence,
Il disperse sa chaux blanche,
Sur tous les âges,
Et toutes les danses,
Douleur et mort pour unique semence,
Juste pour que ça recommence.


Oui, ce quelque chose s'épanche,
Ce quelque chose reste étanche,
Aux prières des grands sages,
Depuis le fond des âges,
Il continue sa locomotive,
De punitions collectives,
Aux règles assassines,
À l'injustice effective,
Et pour des causes mesquines,
Que les pouvoirs esquivent,
L'humanité s'incline,
L'humanité décline.



Publié par Maior Liberis

J'ai été fan de Michel Onfray de longues années ...Mais je prends mes distances, à la fois reconnaissant, déçu et en colère. Ce qui me motive? Vous le découvrirez avec plaisir j'espère ... Merci de votre attention!

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