« L’homme est un loup pour l’homme »

L’homme est un loup pour l’homme

Thomas Hobbes

Se savoir mortel nous distingue de l’animal.

Changer, c’est l’unique moyen de s’adapter à un environnement dynamique qui n’attend personne, ni loups, ni Homo-Sapiens. Tout le vivant doit suivre tant bien que mal le rythme.

Chaque organisme doit subir des mutations profondes qui n’ont qu’un but: préserver l’espèce de l’extinction.

Progressivement, les générations futures s’adaptent à la nouvelle donne climatique et environnementale. Magie du vivant, cette adaptation est « automatique » et s’opère au cœur des cellules embryonnaires. Pas besoin d’y penser à chaque accouplement. Ça libère l’esprit pour d’autres joies organiques!

Certains animaux se mettent à hiberner. (ci-contre, loir, hérisson)

Aiphane caryotifolia

Cet arbre défend ses fruits efficacement car ils sont sa descendance. Ses multiples prédateurs sont pourtant bien plus mobiles et agiles que lui.

Mais son avantage est autre: il était là bien avant eux.

Arrivé le dernier sur terre, on dit encore parfois que l’Homme est le « sommet de l’évolution ». Foutaises! Si l’on suit la logique implacable de l’adaptation, la nature en danger pourrait bien commencer à hérisser ses défenses contre ce prédateur sans bornes. D’ailleurs, cela n’a-t-il pas déjà commencé? Beaucoup le pensent.

Darwin se doutait du concept fallacieux de supériorité humaine; il contestait cette vision imposée par la religion monothéiste.

« Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux sur toute la terre et sur tous les reptiles et les insectes » (Genèse 1. 26)

La taille de notre cerveau a augmenté plus vite que celui du singe. Mais cette supériorité est-elle corrélée à des comportements très spéciaux de notre espèce?

La violence retournée sur son support naturel qui lui a donné vie ne suffit plus. En fait elle n’a jamais suffi. Depuis son apparition sur la terre, qu’elle soit écologique, physique, sociale, politique, etc…l’homme dépasse toutes les bornes de la violence. Où est le problème avec homo-sapiens ? N’est-ce pas lui qui a réussi l’exploit de faire des loups un gentil animal de compagnie?

Canis Dirus

Depuis des siècles l’Homme « supérieur » à l’animal s’amuse à croiser des espèces de chiens, gentils toutous, braves gardiens, tous descendants du terrible ancêtre ci-dessus, pour en faire ses compagnons fidèles de tous les jours.

Mais que fait homo-sapiens pour les gens de son espèce? Où sont passés les dresseurs du parc humain? Pourquoi tant de sauvagerie au sein de la meute humaine, la même qui a su domestiquer les plus féroces animaux?

« La domestication de l’être humain constitue le grand impensé face auquel l’humanisme a détourné les yeux« 

Peter Sloterdijk (règles pour le parc humain)

Pour ceux qui préfèrent en rester au dressage des chiens, merci et à bientôt. Pour les autres, merci d’éloigner les enfants de l’écran.

Etienne Balibar en conférence (vidéo ci-dessous) Sujet: les comportements d’extrême violence.

Dans un article intitulé la « dépropriation », Balibar cite le psychanalyste Fethi Benslama qui s’est penché sur ce type de comportements pendant la guerre en Bosnie:

« Le franchissement d’une nouvelle limite dans la destruction de l’humain »
où il décrit ces « pratiques qui visent l’étranger dans son corps, son intégrité, sa dignité corporelle, non pas comme une simple destruction de l’ennemi, mais comme une autodestruction »

« Ouvrant de la pointe de son épée le ventre d’une mourante pour que disparaisse avec elle sa descendance ( 3 fœtus ) … »

Souvent, on réfère de tels comportements à l’ordre animalier, à la bestialité. Ne s’agit-il pas plutôt d’un déni du caractère spécifiquement humain de ce type d’agression, car si les loups tuent des agneaux, les déchiquettent, les dévorent ou se les disputent entre eux, on n’a jamais vu des loups ouvrir des agneaux pour les changer en loups et les affilier de force à leur horde ? C’est un fait que ce qui constitue le propre de la violence humaine dans sa radicalité, c’est cette volonté de dépropriation de l’homme dans sa vie et dans sa mort. Tuer est insuffisant, c’est travestir que  l’on veut.  »

(F. Benslama. La dépropriation. page 43)

Extrait de cet article au sujet des massacres en Bosnie:

On commémore par des dates, on érige des stèles, des monuments, etc… Pour quel résultat? On ne demande jamais pardon pour l’histoire. Personne ne veut endosser de responsabilité officielle. Alors on dit qu’on se réconcilie. Hypocrisie sans fin des nations. Les drapeaux, les hymnes forcent nos jeunes à faire la guerre. À la fin, ceux qui ont eu la chance de rester vivant n’auront rien à dire, rien à changer à ce drapeau qui a envoyé ses enfants à la mort. C’est ça le fondement de la nation, de la patrie. Un maître protecteur, peut-être? Mais à conditions d’y verser le prix: celui du sang. Mais attention! Pas le sang des élites; ou alors au compte-gouttes car celui-ci est trop précieux. Non! Le sang qui doit couler en abondance et sans compter est le même sang qui enracine et abreuve l’histoire d’une nation toute entière: le sang du peuple.

Ne pas s’y tromper: la prochaine fois – car il y en aura une – les mêmes qui distribuent des médailles militaires conduiront nos enfants à la boucherie, encore et encore. La surpopulation? Que nenni! Les nations ont besoin de sang frais, un sang naïf mais courageux, ignorant mais toujours prêt au sacrifice. Le peuple est là pour ça, le peuple est interchangeable à souhait. Plus une nation est féconde, plus elle est un terreau fertile pour les guerres à venir. Et gare aux lâches! Gare aux déserteurs! Ils seront considérés pires que l’ennemi.

Nord Sud Est Ouest, Intérieur ou extérieur, aucun régime n’est à l’abri de « la chose » dont parlait Etienne Balibar dans sa conférence.(vidéo ci-dessus) et que ne connaissent pas les loups.

  • Charnier génocide Rwanda
Frédéric Dard

Pire que le Léviathan de Hobbes? Notre entêtement à ne rien changer à ce qui fait tourner le monde.

Thomas Hobbes Léviathan

Mais soyons positif, comme ce poète un peu naïf.

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve »

Friedrich Hölderlin

Darwin nous ramène sur terre .

« Celui qui n’évolue pas disparaît »

(Charles Darwin)

La courbe de l’évolution sert-elle vraiment l’humain lorsqu’une horde de loups n’en a que faire?

En conclusion

Nous dégoûter de nous-mêmes, comme au cinéma par Stanley Kubrick.

Ci-contre le héros du film « orange mécanique » forcé de regarder des scènes d’extrême violence sans pouvoir fermer les yeux.  

Le héros du film se retrouvera momentanément guéri de sa violence, mais deviendra sexuellement impuissant. Super message sur la nature humaine!

Que signifient les termes « progrès » ou « évolution » ? On comprend pourquoi Darwin n’aimait pas ces mots.
(lire Stephen Jay Gould- l’éventail du vivant le mythe du progrès)

Avant Kubrick, Freud nous avait prévenus.

le but de toute vie est la mort, (…) le sans-vie était là antérieurement au vivant » (…) « tout ce qui est vivant doit nécessairement mourir pour des causes internes »

Freud. Au-delà du principe de plaisir.


Si l’humanité, et par extension l’ensemble du vivant n’a qu’un but: retourner à l’état de non-vie, l’autodestruction est programmée. Mais si Freud s’est planté, à savoir que l’antériorité de toute vie n’est pas le « sans-vie », il ne reste qu’à en tirer les conséquences au plus vite et s’auto-guérir.

Si l’identité d’un groupe, quartier, ville, nation, empire… Si tout ce qui nous fait et nous unit comme un seul corps ne se construit que sur l’opposition à un autre corps, quelle voie pour une humanité unie? ( l’oxymore fait grimacer)

C’était l’idée de H-G Wells dans la guerre des mondes: une agression extra-terrestre.

Doit-on réellement souhaiter cela? Doit-on reprendre à l’infini les thèses de la domination qui ont contaminé la psychologie universelle et emprisonné le concept de « force » dans la seule violence ? Arrêter le massacre entre homo sapiens doit-il passer toujours par… le massacre ?

Du « haut » de notre échelle du vivant peut-on apprendre des leçons de l’histoire, et changer comme disait Darwin, avant de disparaître?

Les animaux oublient leurs différences lorsqu’il le faut, pourquoi pas l’humain?

À nous de choisir…

5 commentaires sur « « L’homme est un loup pour l’homme » »

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